l'oeil de la providence

L'Œil de la Providence | Vocabulaire Maçonnique

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Symbole universel avant d'être un symbole maçonnique, l'œil de la providence est associé au Delta Lumineux de la Franc-Maçonnerie. C'est au centre de ce triangle situé derrière le plateau du Vénérable Maître qu'il trouve sa place. L'œil qui voit tout vous protège ou vous juge: il représente le Principe Créateur ou Grand Architecte de l'Univers (GADLU).

Associé aux plus fumeuses théories complotistes, comme celles liées aux Illuminati, l'œil de la providence est devenu l'un des symboles ésotériques les plus connus et les plus répandus.

Pour autant, son histoire et sa signification demeurent mystérieuses pour la plupart des gens.

Essayons donc d'en savoir un peu plus...

Connu et reconnu par l'ensemble de la confrérie maçonnique comme le symbole de la vigilance et de la connaissance du Grand Architecte de l'Univers, l'œil de la providence a une histoire très ancienne qui précède de plusieurs millénaires la naissance de la Franc-Maçonnerie.

Plongeons-nous aux racines de cette histoire!

 

L'Œil de la Providence : son histoire

L'Œil de la Providence dans la Bible

 

L'une de sources les plus importantes du symbolisme maçonnique est le Volume de la Loi Sacrée, c'est-à-dire la Bible (il s'agit d'une des Trois Grandes Lumières).

Les Psaumes ont été écrits entre 800 et 600 av. J.-C.. Ils étaient notamment utilisés lors des cérémonies du Temple de Salomon.

Le symbole de l'œil de la providence revient à plusieurs reprises dans ces magnifiques hymnes antiques:

 

"L'Eternel est dans son temple saint, le trône de l'Eternel est dans les cieux:
Ses yeux regardent, ses paupières examinent les enfants des hommes.
Voici, l'œil de l'Eternel est sur ceux qui le craignent,
Sur ceux qui espèrent en sa miséricorde.
Les yeux de l'Eternel sont sur les justes,
Et ses oreilles sont ouvertes à leurs cris."

 

Ici le regard divin est célébré comme l'expression de la Justice. Selon les psalmistes, l'Être Suprême observe sa création depuis le trône céleste, regardant avec approbation ceux qui sont conscients de sa présence et qui suivent la Loi morale.

On trouve des utilisations similaires du symbole de l'œil de la providence dans le Livre des Proverbes, qui introduit l'idée que "les yeux de l'Eternel conservent la connaissance".

Un autre livre pourrait être l'une des sources sacrées les plus importantes de ce symbolisme qui nous est si cher: la Sagesse de Ben Sira, également connu sous le nom d'Ecclésiastique ou Siracide.

Rédigé au deuxième siècle av. J.-C., ce livre réitère le thème de l'omniscience:

 

"Et ses yeux sont sur ceux qui le craignent
Et il connaît toutes les actions de l'homme."

 

Plus loin, Ben Sira utilise un langage qui évoque plus directement les représentations iconographiques courantes de l'œil omniscient (ou œil qui voit tout).

 

"...les yeux du Seigneur sont dix mille fois plus brillants que le soleil, ils regardent toutes les voies des hommes, et considèrent les parties les plus secrètes."

 

Cette image du regard divin, plus lumineux que dix mille soleils, est à l'origine de la représentation dans l'iconographie occidentale de l'œil de Dieu dans une gloire éclatante.

Le thème du regard divin se retrouve également dans le Nouveau Testament. La Lettre aux Hébreux dit:

 

"Il n'y a pas non plus de créature qui ne soit pas manifeste à ses yeux; mais toutes choses sont nues et ouvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire." 

 

Œil de la Providence dans l'art et l'architecture

 

L'œil de la providence est devenu un thème populaire dans l'art de la Renaissance, apparaissant généralement entouré de rayons de lumières. 

Il est souvent représenté à l'intérieur d'un triangle (ou delta) dont les trois côtés représentent les trois divinités de la Sainte Trinité.

Au cours de cette période, le symbole de l'œil de la providence apparaît fréquemment dans l'architectures des églises et dans les peintures religieuses.

On le trouve aussi abondamment dans les livres d'emblèmes. Aux 16ème et 17ème siècles, les petits livres contenant des gravures symboliques et de courts poèmes étaient extrêmement populaires en Europe.

Remplis d'images allégoriques qui demandaient un effort de compréhension, ces livres utilisaient beaucoup l'œil de la providence comme symbole de la conscience de Dieu.

 

L'Œil de la Providence en Franc-Maçonnerie

 

Que ce soit à partir des références bibliques, des exemples artistiques et architecturaux ou de son utilisation fréquente dans les livres d'emblèmes, il est évident que le symbole de l'œil de la providence (ou œil omniscient) était un symbole familier des premiers francs-maçons.

Collier oeil de la providence

L'exemple le plus ancien de ce symbole en franc-maçonnerie se trouve peut-être sur le sceau personnel de Robert Moray, soldat et philosophe écossais initié franc-maçon à la Loge d'Edimbourg en 1641.

Homme de science, il s'intéresse également à l'alchimie, à l’hermétisme et à la symbolique de la renaissance. Il sera à l'origine de la fondation de la Royal Society.

Une empreinte partielle en cire de l'un de ses sceaux à la forme d'un cercle avec un œil en son centre, rayonnant dans toutes les directions.

Il n'y a aucun moyen d'affirmer qu'il s'agissait alors pour Moray d'une référence maçonnique mais certains historiens affirment que c'est possible.

Le symbole apparait de manière indubitable sur les frontispices gravés de deux livres du Maçon Fifield d'Assigny (1707-1744): An Impartial Answer to the Enemies of Freemasonry (1741) et A Serious and Impartial Inquiry Into The Cause of the Present Decay of Free-Masonry (1744). Chacun d'eux représente l'Oeil de la Providence avec des rayons descendants. L'exemple de 1744 semble même montrer un groupe de francs-maçons se rendant à la loge sous la protection du regard divin.

Bien que l'œil de la providence fasse clairement partie du vocabulaire maçonnique à cette époque, il s'agit plutôt d'un symbole ésotérique, car il ne semble pas apparaître dans les écrits maçonniques de l'époque. C'était une image que de nombreux maçons reconnaissaient, mais dont ils ne parlaient pas beaucoup, que ce soit dans leurs rituels ou dans leurs interprétations de la franc-maçonnerie.

Cela commence à changer dans les années 1770, pendant l'ascension du grand conférencier maçonnique William Preston.

Le symbole de l'œil de la providence apparait alors à de nombreux endroits et sous de nombreuses formes dans les conférences de Preston.

Par exemple, dans sa cérémonie de clôture du deuxième degré, les frères sont avertis:

 

"Considérons donc que, où que nous soyons, et quoi que nous fassions en tant que maçons, Dieu est avec nous, et son œil omniscient nous observe: en agissant conformément à nos principes, nous pouvons déclarer en sa présence que nous nous sommes efforcés de remplir notre devoir avec ferveur et zèle."

 

Le travail de Preston, condensé dans son ouvrage Illustrations de la Franc-Maçonnerie a été adapté en Amérique par Thomas Smith Webb. L'édition de 1802 de l'ouvrage de Webb Freemason's Monitor montre l'importance que l'oeil de la providence tenait dans les emblèmes du troisième degré.

Ainsi Webb exhorte:

 

"... bien que nos pensées, nos paroles et nos actions puissent être cachées aux yeux de l'homme, l'Œil qui voit tout, auquel le Soleil, la Lune et les Etoiles obéissent, et sous la surveillance duquel même les comètes effectuent leurs stupéfiantes révolutions, pénètre les recoins les plus profonds du cœur humain, et nous récompensera selon nos mérites."

 

Ainsi, il est facile de constater ici que le symbole de l'Œil de la Providence a conservé sa signification ancienne, depuis la littérature biblique, en passant par l'art et l'architecture, jusqu'aux traditions de la franc-maçonnerie.

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